
La chronique de la cabane des Bangards de Thann
1287- Première mention de vignes à Thann alors à peine née. Au cours des siècles suivants le vignoble s’élargit et s’étend des pentes du Rangen jusqu’au ban de Leimbach, village voisin. La culture de la vigne et le commerce du vin joueront désormais un rôle déterminant dans le développement de la ville. On tient donc à protéger le vignoble par des garde-vignes, « Bannwarte », en allemand, « Bangert », en alsacien, « Bangards » en français.
1483- Les Bangards, au nombre de quatre, sont nommés chaque année par le magistrat et choisis parmi les bourgeois solvables et honorables. Etre bangard est un honneur. Nul ne peut être magistrat ou occuper une haute situation dans la cité s’il n’a pas exercé les fonctions de bangard. C’est en 1483 que la Grande Chronique de Thann mentionne pour la première fois la nomination de bangards. Par la suite elle continue à citer les noms des bangards d’année en année.
La cabane sert d’abri, de lieu de rencontre aux bangards pendant la saison où ils veillent sur les vignes et les récoltes en parcourant le ban sue les « Bannwartpfädlein », les sentiers des bangards dont, près de la cabane, existe encore un modeste et dernier tronçon.
Curieuse tradition : à la fin de leur mandat les bangards ont l’habitude de « s’immortaliser » à la cabane par des bas-reliefs sculptés en pierre ou des tableaux peints sur bois. « Au fil de deux siècles » s’accumulent ainsi le long des murs 27 bas-reliefs et 15 tableaux. On y lit leurs noms, les emblèmes de leur métier, des renseignements météorologiques etc…
1560- On ne connaît pas l’année de la construction de la cabane nichée au milieu des vignes. Elle doit remonter au XVIème siècle, certainement avant 1560, millésime figurant sur le bas-relief le plus ancien. On ignore, aussi, les destinées de la cabane à travers les temps, si souvent, en Alsace, troublés par des guerres.
1852- L’ « arbre de la liberté » planté en 1848 sur la place de la collégiale, est transplanté, nuitamment, à coté de la cabane.
1875- C’est seulement en 1875, grâce à M. Ingold, ancien notaire de Cernay, ville voisine, que l’intérêt historique de la cabane, alors délabrée, et de sa collection de trésors sculptés et peints, sont publiquement mis en évidence et ainsi révélé au monde savant. Dans son rapport publié dans le Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques, Ingold écrit : « Il existe en Alsace plus d’une maison de garde de cette espèce, mais nous doutons fort qu’il s’en soit trouvé une seule de l’importance de celle de Thann. Elle mérite la protection de notre société ».
1881- Les travaux de protection sont achevés. La ville s’est occupée du gros œuvre. Aux frais de la Société pour la conservation des monuments historiques les bas-reliefs ont été restaurés par le sculpteur Klem de Colmar, les tableaux rafraîchis par Ch. Bulffer, peintre-décorateur à Mulhouse.
1884- Travaux de réparations ( remplacement de tuiles )
1912- Travaux de réparations ( fenêtres ets…)
1912- Peinture du poutrage extérieur
1914-1918-Première guerre mondiale. Pendant quatre ans Thann est ville de front, exposé aux bombardements allemands. En 1916 ou 1917, visite de la cabane par M. Poincaré, président de la République et, en avril 1918, par le ministre de l’instruction publique et des Beaux-Arts à la suite de laquelle les bas-reliefs et peintures sont mis en sécurité dans l’ossuaire de l’église de Sewen dans la vallée de Masevaux. La cabane subit des dégâts, mais n’est pas détruite.
1937- Par arrêté du préfet du Haut Rhin, le peuplier à coté de la cabane est inscrit comme site classé.
1939-1945- Deuxième guerre mondiale. Le 10 décembre 1945 Thann est libéré après de rudes combats. L’ennemi reste encore tout près de Vieux-Thann. Le 1er janvier 1945 M. Weissbeck, conservateur du musée, sort les sculptures et les tableaux de la cabane pour les mettre en sécurité à la salle du chapitre de la collégiale. Ils y resteront plusieurs années. La cabane souffre de l’explosion du pont du Steinruntz, tout à côté.
1948- Menacé d’être abattu parce que la tempête lui a arraché une grosse branche le peuplier est sauvé à la suite d’un article publié dans le journal « L’Alsace » : Plaidoyer pour le peuplier de la cabane des bangards ».
1958- À la réouverture du musée à la halle aux blés, les tableaux de la cabane sont confiés aux Amis de Thann. Ils resteront au musée même après la restauration projetée de la cabane.
1977- « Opération porte ouverte » de la cabane, organisée par la Société d’histoire les Amis de Thann, pour faire connaître aux Thannois la cabane et ses trésors. A partir de ce moment l’idée d’une restauration en bonne et due forme prend racine. Dans les années suivantes il est envisagé de faire coïncider cette restauration avec la construction du Relais culturel, tout à côté. Pour commencer on répare le toit et la cheminée, mais les moyens manquent pour s’attaquer à la restauration projetée.
Depuis les opérations « Porte ouverte » en 1977-1978 et 1979, la mairie estime que le gardiennage de la cabane appartient aux Amis de Thann. C’est avec la bénédiction de ces derniers, qu’en 1982 se tient à la cabane la première dégustation de vins organisée par M. L. Humbrecht, principal viticulteur et rénovateur du vignoble du Rangen.
1983- Le 18 octobre, le premier Américain, M. James E. Wilson pénètre dans la cabane qu’il admire en songeant à contribuer à sa « restauration en bonne et due forme » par la publication d’un article dans un magazine des Etats-Unis. Qu’il en soit remercié à l’avance dès maintenant.
J.BAUMANN
Archiviste
1904-1987